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14 mai 2011 6 14 /05 /mai /2011 15:22

BON.

 

C'est le festival de Cannes, tout le monde est obsédé

par le cinéma, le moment est donc parfaitement choisi

pour vous parler BD.

Cette semaine j'ai découvert un artiste New Yorkais

génial, auteur de BD, illustrations, flyers et plus récemment

d'un film d'animation illustrant les poèmes d'Allen Ginsberg,

un des plus grands poètes américains.

Il s'agit d'Eric Drooker.

 

                    images

                                  A gauche, Eric Drooker, à droite, Allen Ginsberg.

 

Né en 1958 à New York, à Stuyvesant Town, près du

Lower East Side, (merci wikipedia),

quartier traditionnellement populaire ouvrier et

socialiste, (à l'époque, mais depuis on a assisté à une

gentrification, du mot "gentry" en anglais, "bonne société"

qui a reconstruit les immeubles et chassé les indésirables

--les pauvres, donc), il a commencé par faire des affiches 

qui étaient souvent piratées pour devenir des flyers de

concerts et autres affiches d'exposition.

Finalement, ses dessins sont devenus assez connus pour

qu'on lui propose une rémunération qui lui a permis de

vivre de son art.

La consécration est arrivée lorsqu'on lui a demandé de

dessiner les couvertures du New Yorker, un des plus grands

magazines littéraires américains, en tous cas un des plus

diffusés. Artiste engagé, il a toujours fait partie d'une 

contre-culture de gauche, et même s'il a rejoint les grands

médias "mainstream", il a continué à affirmer ses opinions

en contribuant a des magazines et des publications

underground comme par exemple Screw, qui dénoncait entre

autres les brutalités policières évinçant des quartiers

en cours de transformation les squatters et les artistes

de rue pour laisser place à une amérique "propre".

 

    drooker


Ses couvertures du New Yorker sont visibles sur son site,

cliquez ci-dessous :

 

couvertures du New Yorker par Eric Drooker

 

Moi, je l'ai découvert par hasard, en empruntant des livres

à la bibliothèque. Comme je suis fan de BD, je passe ma vie

dans les rayons, et j'ai été intriguée par ces deux petits

pavés compacts, que sont FLOOD! et BLOOD SONG.

(En français "Déluge" et "Le chant du sang", pour les nuls)

 

flood drookerblood-song

 

Il n'y pas de paroles, ni de bulles, juste des suites de dessins,

la plupart du temps en noir et blanc, et qui font souvent

penser au style de Robert CRUMB, célèbre auteur de BD amé-

ricaine et à qui je voue une admiration sans borne depuis que 

j'ai lu son illustration de la Genèse

 

            robert crumb genesis-0

             R. Crumb, la Genèse. Pas tout à fait comme ça que je me représente

             Dieu, mais après tout... C'est la mode des cheveux...


Parfois, il utilise une couleur, en plus du noir et blanc; par

exemple dans Flood! il utilise le bleu que vous voyez sur la

couverture, et dans Blood Song le rouge orangé, mais la

dominante est noire et blanche. En fait, chaque page est un

véritable chef-d'oeuvre. La plupart des dessins sont réalisés

sur de la carte à gratter, ou en aquarelle, exceptionnellement

en huile sur toile.

La carte à gratter, c'est une base de carton recouverte d'encre

noire, dont on fait disparaître des parties en grattant, pour faire

apparaître le blanc du dessous, créant ainsi un dessin tout en

contraste.

 

ça donne ça, chez Eric Drooker.

 

20

 

images-1


1

 

 

Ce qui est saisissant dans son univers, c'est justement cette

utilisation du noir et blanc pour dépeindre l'univers urbain,

souvent triste, pluvieux, ou la vie des quartiers de New York

la nuit. Déprimant? Oui et non.

 

Oui, parce que c'est un univers sombre, ou la lumière est

"mangée" par le noir, évocateur de la mort. Les personnages

sont d'ailleurs presque toujours représentés avec leur squelette

apparent, comme pour rappeler qu'ils ne sont que des morts en

sursis, des survivants, qui ne vivent pas mais effectuent une

danse macabre dans les ruelles sombres, comme des pantins

célébrant la fête des morts dans la tradition aztèque.

 

diademuertos.jpg

El dia de Los Muertos, illustration de la fête traditionnelle des morts au Mexique. 

 

P5150530.JPG

Extrait de Flood!

 

 

Et non, parce qu'il y a toujours une note d'espoir, de poésie

au milieu de la tristesse et de la dureté des contrastes.

Par exemple, dans Blood Song, la jeune femme perdue

dans New York, un monde dont les repères sont illisibles

par elle, puisqu'elle vient d'au-delà des mers, ayant grandi 

dans un village au coeur d'une jungle tropicale, se laisse

guider par ses pas jusqu'au son envoûtant d'un musicien

de jazz, utilisant dans la jungle urbaine exactement les

mêmes instincts qui lui auraient permis de repérer le chant

mélodieux d'un oiseau rare dans la jungle tropicale :

 

P5150537

 

Flood! est paru en 1992, et Blood Song en 2002, mais

pour moi ils se répondent, et se complètent comme deux

versants de la même histoire, d'abord parce que l'un a

un protagoniste masculin et l'autre féminin, que tout

oppose : il vient de la ville (on pourrait même dire de

l'hyper-ville, s'agissant de New York), elle vient de la

nature (voire l'hyper-nature, puisqu'elle habite aux abords

de la forêt et de la jungle tropicale). Il a un chat, elle a

un chien. Il meurt, elle donne la vie.

 

Dans Flood!, c'est la nature qui vient envahir et perdre

l'homme, sous forme de déluge, détruisant tout y compris

le créateur lui-même, puisque le dessinateur se représente progressivement englouti par les eaux, jusqu'à la mort;

dans Blood Song, la nature est dérangée et détruite par

l'homme, entraînant la fuite de la jeune fille qui dérive

jusqu'à New York. Là, elle y rencontre un musicien, s'unit

à lui et accouche d'un bébé sur le toit d'un immeuble New

Yorkais : c'est une nouvelle vie pour elle, et la ville engendre

la vie, non plus la mort.

 

Eric Booker signe avec ces deux livres à mon avis une oeuvre

magistrale, puisqu'on s'y plonge sans jamais s'ennuyer,

dans une oeuvre à la fois réaliste, fantastique et onirique,

voire lyrique. Elle remet en cause les origines de l'homme,

sa direction (les personnages n'y sont jamais statiques,

mais toujours en mouvement : marche, course, saut, rame, etc)

: où va-t-il? D'où vient-il? Son environnement le crée-t-il ou le

détruit-il? Quelle est sa place dans cet univers écrasant?

Son oeuvre remonte aux sources de l'homme primitif, en

évoquant en filigrane des dessins d'art premier africains,

ou en mettant en scène par exemple, dans Flood!, un ancien

chant inuit.


L'artiste met toujours en parallèle les deux versants de

l'homme, sa charpente, carrée, et sa silhouette, courbe,

parallèle qu'il construit aussi de manière macrocosmique

avec la ville de New York, carrée avec ses grands buildings,

et la luxuriance de la jungle, denses spirales de végétation

qui deviennent parfois une sorte de prison organique, ou 

encore les cercles tourbillonnants de la mer, et le mouvement

circulaire des vagues.

 

La ville n'est pas diabolisée; la nature n'est pas angélisée.

c'est un peu des deux, et on le voit aussi dans d'autres de

ses dessins :

 

                Beehive+by+eric+Drooker

 

comme ici, où New York est représentée comme une ruche

géante, posée sur un ciel bleu radieux, parfaite conjonction de 

la nature et de la civilisation.

 

Bref, je suis béate, et maintenant je suis carrément impatiente

de voir Howl, le court-métrage d'animation que Drooker a

réalisé en collaboration avec Allen Ginsberg.

 

ginsbergdrooker2

 

howlcover

 

A mon humble avis, il ne peut s'agir que d'un chef-d'oeuvre...

 

Ce que j'aime aussi particulièrement chez lui, c'est sa

facilité à représenter de manière également saisissante

l'enfermement du corps et de l'esprit; et son contraire,

leur libération et leur exultation.

 

goodgears

 

         drooker-1

 

    image 55 1

 

Les personnages luttent; se saississent d'armes pour se

défendre ou se libérer; s'enfuient, puis dansent et font

voler en éclat les codes de la société qui les emprisonnent.

 

Voilà que dire de plus?

Vous : lisez, regardez, courez l'acheter. Flood! et Blood Song

sont parus en France aux éditions Tanibis. (www.tanibis.net)

 

Moi, j'achète mon billet pour la Californie pour aller dire

bonjour à Eric.

 

Allez salut !

Bises de So6

 

11

 

 

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