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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 00:23

Ce conte s'inspire d'une histoire vraie.


                                          Aux Amours Evanescentes,
                                             Qu'elles durent toujours.


L'Homme et le Thon Arc-en-ciel.
                                  
                                
Texte et illustrations de S. Laibe


Il était une fois, un homme qui partit sur la mer.
Son bateau cinglait sur les flots, tantôt agité par les vagues, tantôt roulant doucement
sur la surface calme et bleue.

Un jour de grand calme, tandis que la mer miroitait tout alentour du bateau, l'homme
qui vivait à bord se décida à pêcher.
Il n'avait pas vraiment besoin de nourriture, car ses placards étaient pleins de con-
serves, mais il s'ennuyait, et il voulait corser un tant soit peu sa journée; il se disait
qu'il trouverait bien dans ses tiroirs de quoi assaisonner le produit de sa pêche.



Le pêcheur jeta sa ligne à l'eau.
Au dessous de la surface, à quelques mètres de là, ce n'était que mouvement. Les courants
contraires se côtoyaient, ondulaient, portant dans leur canaux une infinité de créatures
marines de toute nature, de poissons de toutes les tailles se croisant, se pourchassant
ou avançant prudemment.  Certains agitaient leurs nageoires, de manière frénétique,
sur un rythme saccadé et nerveux; d'autres se laissaient dériver lentement dans les cou-
rants, placides.

Tous ces poissons étaient gris, reflétant les rayons du soleil dans le métal argenté et
dur de leurs écailles. On ne voyait pas le fond : la mer était seulement composée de
nappes de plus en plus froides, et de moins en moins éclairées, qui semblaient empi-
lées à l'infini.

En haut, sur son bateau, l'homme somnolait à demi sur le pont.
Il était presque midi, et le soleil était à son zénith.
Le pêcheur avait protégé son front et sa tête d'un foulard humide noué sur sa nuque.
Aveuglé par l'intense clarté de la mer, il avait du mal à garder les yeux ouverts, mais
surveillait tout de même sa ligne de temps en temps.
Lorsqu'il ouvrait les paupières, ses yeux mettaient quelques secondes à s'accoutumer
à la brillance de tout, et lorsqu'il les refermait, il avait l'impression que l'intérieur de ses
yeux était rouge.

Le temps passa. L'homme finit par s'assoupir.

Au bout de quelques temps, un choc brutal réveilla le pêcheur en sursaut : c'était le filin
de pêche qui s'était violemment tendu, avec une puissance telle qu'il avait fait tanguer
légèrement le bateau.

"Dame, se dit le pêcheur. ça doit être une grosse pièce."

Une deuxième secousse fit bouger le bateau, cette fois de manière plus brusque encore.
Le pêcheur, qui œuvrait à remonter sa prise, faillit perdre l'équilibre.
"Il faudra bien que j'y arrive", se dit-il, en s'arc-boutant de toutes ses forces.
Il n'y avait personne pour l'aider à bord du bateau.

Alors il se livra une lutte acharnée.
L'énorme poisson, rattaché au fil, était un grand thon, que le pécheur eût toutes les peines
du monde à maîtriser, puis à remonter sur le pont. L'animal se débattait comme un diable,
se tortillant et battant de la queue avec fureur pour se débarrasser de ce crochet qui lui
déchirait la gueule, et de cette douleur insupportable qui traversait son corps en de gros-
ses secousses terribles. Le thon avait l'impression de recevoir des chocs électriques dans
le corps, comme cette fois où, plus jeune, et ignorant, il avait attaqué un poisson torpille et
l'avait amèrement regretté.

Epuisé, il se laissa remonter tandis que les contractions se faisaient plus petites à mesure
qu'il suffoquait. Pendant qu'il se sentait mourir, le thon vit le pécheur, cet être bizarre, petit
avec de longs membres en bas et en haut qui se tenait à la verticale, et qui tenait dans son
poing le fil qui l'écorchait.
Il vit aussi le bateau, ses grandes surfaces lisses et blanches, son sol vert goudronné.
Il regarda au loin, et fut vraiment étonné de voir toute cette surface bleue et plane, qui s'éten-
dait à l'infini autour du bateau.
Puis, il ne vit plus que du noir, et la douleur le submergea.

Le pêcheur reprit son souffle.
Le thon avait cessé de battre de la queue, et il put enfin décontracter les muscles de ses
bras. Puique l'animal avait cessé de bouger, il put l'observer, tandis qu'il se séchait
et s'épongeait le front, car la lutte avec le thon l'avait éclaboussé d'eau et de sang.

Le poisson, long d'un bon mètre soixante-quinze, ressemblait à un cuirassé de guerre, parfaite-
ment profilé, avec une tête et une queue énorme. La taille de sa gueule était au moins le
double du visage de l'homme.
Son oeil rond semblait le regarder avec étonnement et tristesse. Ses nageoires, dont la
menbrane était striée dans la longueur, collées le long de son corps, ressemblaient à des
ailes qui ne pouvaient plus voler. Le thon était à présent inerte sur le pont.



Le pêcheur regardait le thon.
Ce qui frappait sa rétine, c'était le miroitement infini de toutes ses écailles, rangées sur
son dos comme une constellation de diamants, qui brillait de mille feux sous le soleil ardent
de midi.
Chaque petite surface réfléchissait comme un miroir les mille couleurs irisées de l'arc-en-ciel,
et l'homme était frappé par la beauté et l'impossibilité d'une telle parure, plus belle qu'au-
cune pièce que le meilleur orfèvre royal eût pu fabriquer.

Tout à coup, l'homme, soit à cause de la chaleur, soit à cause de l'épuisement, ou encore,
en voyant la petite mare de sang sous la gueule du grand poisson, parce qu'il réalisait ce
qu'il avait fait, se sentit faible, et dût s'asseoir.
Une sorte de nausée s'empara de lui.
C'est alors qu'il l'entendit.

"L'Homme".
Le pêcheur se demanda s'il devenait fou.
Il entendait cette voix dans sa tête, comme si elle venait du thon lui-même.

"L'Homme, pourquoi m'as-tu mis à mort?" lui demanda le thon.
Abasourdi, l'homme se mit à répondre au thon, toujours par la pensée.

"Je... je ne sais pas. Qui es-tu? demanda l'homme.



- Je suis le thon arc-en-ciel, répondit le thon. Je suis le plus gros poisson de cet endroit.
Les créatures du dessous savent qui je suis et me respectent. Les petits poissons ont
peur de moi et les crustacés rentrent dans leur rocher quand ils me voient. J'ondule dans
les courants, tantôt en haut vers la lumière, tantôt dans les profondeurs, et tous me connais
-sent.

- Je ... je ne savais pas...

- Tu as commis une grande faute en me tuant, l'homme. Je ne suis pas n'importe quel thon.
Je suis le thon arc-en-ciel, celui qui transporte sur son dos toutes les couleurs du fond
des mers. Mes écailles sont un prisme, qui capturent le rouge de l'anémone de mer, le bleu du
corail, le vert des algues, l'ocre de la vase, le blanc des coquillages...
En me tuant, tu as privé mes semblables de la vue, et mon monde de ses couleurs.

- Je... je ne savais pas... Je regrette...

- Regarde : ici aussi mes couleurs s'en vont : mon sang devient noir et mes écailles gris terne.
Les rayons du soleil sont désormais impuissants à produire les éclats scintillants qui me
paraient de lumière, et les battement de ma queue ne produiront plus de nuages de petites
bulles multicolores sous la surface. Je suis mort. Je suis terni et souillé à présent.

- Je ... je suis vraiment navré, grand thon. Je suis stupide...Je ... Je voulais... Je ne sais plus.
Ne puis-je pas réparer ma faute ? Je suis si triste d'avoir pris ta vie...

- Je ne peux plus exister sous cette forme désormais. Mais si tu emmènes ma dépouille vers
un point que je t'indiquerai, tu pourras racheter ta faute. "

Alors, l'homme reprit la barre, car le thon lui avait dit de naviguer.
L'homme ne toucha pas le thon. Il ne le jetta pas non plus à la mer, et pendant qu'ils
naviguèrent, miraculeusement, sa dépouille resta intacte, et aucune odeur écœurante de
poisson ne s'en dégagea.

L'homme ne savait pas combien de temps il avait navigué.
Il ne savait pas non plus s'il avait vraiment navigué, car il avait l'impression d'agir comme
dans un rêve.

Ils atteignirent le but.
"Arrête-toi ici, dit le thon.
A présent, tu dois me rejeter dans la mer, et ta faute sera pardonnée.
- Mais? Tu es sûr? Tu ne peux plus nager, tu es ...
- Ne t'occupes pas de ça. Jette-moi seulement.
- D'accord. "

Ainsi fut fait.
En prenant le grand poisson dans ses bras, l'homme se rendit compte, à sa grande
surprise, qu'il était devenu léger comme l'air.
Il le hissa, le regarda une dernière fois : les petites lames de ses écailles étaient redevenues
éclatantes, et mille arc-en-ciel lui brûlaient la rétine, à tel point que devant tant de beauté
des larmes coulèrent de ses yeux.

"Adieu, dit le thon. Tu as réparé ta faute et tu es pardonné.
Lorsque tu le voudras, viens voir le fond des mers, et tu verras que les couleurs y sont
revenues."



L'homme peu après glissa dans l'eau transparente, et plongea.
Le spectacle qu'il vit alors sous la surface le transfigura : des milliers de petits poissons,
de toutes les couleurs, bien plus qu'il n'aurait pu en imaginer, semblaient danser un
ballet aquatique gigantesque.
Sur le fond sablonneux, des coraux multicolores et des algues fluorescentes dansaient,
cachant des petits habitants à zébrures et à pois.
Jamais l'homme n'avait vu autant de motifs et de couleurs différentes.
Il admira ce tableau un moment, puis, à court d'air, il dût s'arracher au spectacle et remonter.

Sur le pont brûlant du bateau, les traces humides de ses pieds disparaissaient aussi vite
qu'il les imprimait.
Le soleil était à son zénith.
L'homme ouvrit ses yeux mi-clos, et se réveilla tout à fait.



Un tout petit nuage commençait à voiler les rayons du soleil.



                                                               Fin.

Saucisse, avril 2009.

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commentaires

Daniel 03/06/2009 19:55

très joli conte, je vais le raconter un de ces jours aux gamins qui viennent en classe de mer...

saucisse 04/06/2009 12:28


Merci Daniel !
je suis tellement obnubilée par mes meubles, j'en oublie que j'écris aussi des contes de temps en temps...
ça me ferait très très plaisir que vous le lisiez. La mer est pour moi une source de plaisirs et de rêves inépuisables et si je peux transmettre cette passion c'est avec joie !
Bonne continuation ! so6


jackye 16/04/2009 10:53

Ben  ! pour une saucisse! géniale, dégourdie, intelligente douée ...superbe! continue dès que j'ai 5minutes (après 22 heures) promis, je lis l'histoire du thon est ce de toi? amicalement jackye 

Joelle JEAN-BAPTISTE 06/04/2009 16:55

Bonjour Saucisse,Bienvenue dans la communauté des Contes.Illustration.Edition!Bonnes continuations et à bientôt.

saucisse 06/04/2009 19:15


Merci !! Super !
je vais republier le conte dans la communauté.
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